Nous voici depuis 10 jours au Guatemala, dans la région nord du Pétén. Un peu loin des connexions internet d’où tout ce retard sur le blog ! Nous avons commencé notre découverte du pays par une semaine de travail dans un petite ferme biologique avec un projet d’autosubsistance. C’est par l’intermédiaire de CouchSurfing que nous avons rencontré Federico, mais il fait aussi partie du réseau Wwoof (World wide opportunities on organic farms), nous avons donc sauté sur l’occasion et nous sommes ravis de l’expérience !
Nous sommes donc arrivés dans ce petit village au nord du lac Pétén Itza, à la rencontre de Federico et ses deux filles Paola et Tania, et de son projet « Tierra Nueva ». Première impression de surabondance dans ce jardin luxuriant, les arbres plient sous le poids des fruits : noix de coco, bananes, papayes, oranges, mandarines, différents citrons, toutes sortes de piments… le sol aussi est jonché de fruits mûrs tombés. La petite parcelle de terre est remplie de nombreux arbres et arbustes, fruitiers ou non, que Federico ne cesse de multiplier depuis 8 ans, car c’est ça qui me vient en premier quand je pense à Federico : il multiplie la vie, et se donne sans compter.
Finalement mon regard ne s’est rendu compte de la « pauvreté » du lieu qu’ensuite… une bâtisse en tôle et en bois avec une vielle dalle de béton. Tous les meubles et accessoires sont de bric et de broc, récupérés, recyclés, et assez sale je dois dire ! Federico a mis en place un petit système électrique bricolé à partir d’une batterie de voiture, qu’il charge avec son moteur, et d’un onduleur d’ordinateur, ce qui fait qu’on doit rallumer le courant toutes les 5 minutes ! Nous en sommes les premiers bénéficiaires et pouvons donc allumer une ou deux ampoules le soir ; il vivait depuis 8 ans sans électricité. Toilette sèches, compost, eau de pluie pour boire, un petit frigo que nous avons fabriqué ensemble en faisant un contenant isotherme avec un bac de sciure de bois et du polystyrene… des moyens tout simples et peu coûteux.
Pour lui pas question de garder le secret sur ce qu’il a appris au fil des années ! Ainsi il nous livre peu à peu sa philosophie, son histoire, et ses connaissances sur le vivant… Nous nous régalons de ces discutions toujours teintées de spiritualité, et nous nous sentons peu à peu très proches de cet homme. Son grand projet est de pouvoir, à travers son expérimentation, permettre à ses voisins et aux villages adjacents de gagner en autonomie et à plus long terme de commercialiser leurs produits transformés, leur permettant ainsi de sortir de la pauvreté.
Federico est aussi un peu magicien, et à force d’expérimenter et de se tromper dans toutes sortes de domaines, il a appris à faire un peu de tout. Il nous a ainsi transmit comment faire du fromage à partir de lait de vache. Je suis restée dans les basiques : fromage frais et ricotta (et aussi crème fraîche et yaourt), mais j’ai plein de pistes pour tenter d’autres types de fromages qui demandent plus de maturation ! Après un petit tour au marché, j’ai rapporté des fèves de cacao, que nous avons transformé en chocolat ! Il suffit de les toaster, les éplucher, les moudre et ensuite mélanger cette pâte aux ingrédients souhaités.
Dans son projet d’autosubsistance, il cherche à faire son propre pain pour le commercialiser à bas prix aux voisins. Il cherche donc à faire différents types de farines des produits de son jardin : bananes cuites à la vapeur, noix de coco fraiche râpée, yamé cuit (une espèce de pomme de terre géante), les essais sont très concluants, et délicieux ! Nous avons aussi gouté un très bon pain au riz, mais le riz ne pousse pas encore dans son jardin…
Même s’il y met beaucoup de coeur, nous sentons que les chemins qu’il choisi ont parfois quelques contradictions. Son objectif d’autosubsistance vise aussi un mode de vie écologique et respectueux de l’environnement, mais avant d’arriver là, ce choix le mène aussi à polluer son environnement. Au Guatemala, l’électricité est proposée à un prix exorbitant, alors il choisi de ne pas l’acheter. Il utilise sa camionnette pour recharger des batteries, mais au lieux de se suffire de la charge générée par ses déplacements, lorsque la batterie est vide, il laisse tourner son moteur toute la soirée pour s’éclairer. Et sa pauvre camionnette est déjà bien âgée, il faut lui remplir son réservoir d’eau toutes les deux heures, et doit rejeter quelques particules pas trop sympathiques. A terme, il souhaite utiliser son digesteur pour produire du gaz et l’utiliser dans un générateur pour produire une électricité plus propre, mais pour le moment, la cuve n’est pas encore au point, et il n’a pas encore de dispositif de stockage. De même, il n’hésite pas à brûler les plastiques comme combustible dans le feu de sa cuisine afin de ne pas générer de poubelles, ce qui ne doit pas être très sain…
Nous avons partagé cette semaine avec William, un jeune venant de Californie, et Meara et Gage, venant du Maine, tous trois aussi venus apprendre et aider Federico. L’occasion de beaux échanges, de beaucoup de sueur dans les travaux aux jardin et de plein de musique avec ces jeunes talentueux ! Gage joue dans un groupe de Blue Grass et nous a rappelé quelques airs que nous avions entendus lors de cette soirée mémorable à Washington.
Après cette belle semaine, nous aimerions donner un petit coup de pouce financier à son projet, pour l’aider par exemple à acheter un frigo fonctionnant au gaz, ce qui lui permettrai de gagner en salubrité et de conserver les choses qu’il produit pour les vendre ensuite. Nous allons voir si nous pouvons utiliser la plateforme de Projets Soleeil (http://www.projets-soleeil.com/), asso que nous avons montée avec mon père et quelques amis pour pouvoir soutenir des petits projets de développement en France et à l’étranger (dons déductibles des impôts). Faites nous signe si vous êtes intéressés.
C.





