L’aventure continue !

Nous voici au Belize pour quelques jours. On ressent tout de suite que l’ambiance est très différente, on vit plus au rythme africain qu’au rythme latino. Il y a beaucoup d’ethnies différentes au Belize, et en particulier, de descendants de noirs africains esclaves. Majoritairement les gens parlent anglais, mais ce n’est pas très facile à comprendre, car mélangé avec du créole.
Notre passage de la frontière, à la sortie de Mexique fut assez épique… tout d’abord nous nous sommes retrouvés coincés à Chetumal la ville frontière. Nous avions pris l’habitude de toujours trouver un moyen de locomotion, peu importe notre heure d’arrivée, mais cette fois ci nous avons dû passer la nuit à Chetumal car aucun bus ne partait pour Belize dans l’après-midi. En faisant un petit tour des possibilités, nous avons finalement décidé de sortir du pays en prenant un bateau-bus pour aller directement à Caye Caulker, une île au large de Belize city, où nous étions sensés retrouver Mariana (notre amie de Guadalajara qui finalement n’a pas eu le temps de nous y rejoindre). Je ne sais plus si nous vous l’avions dit dans un précédent post, mais à notre entrée au Mexique par la frontière avec les USA, le douanier ne nous avait pas donné le visa touristique de 6 mois, mais un visa de transmigrant d’1 mois. J’avais été un peu naïve, et j’ai dit que nous étions touristes, mais j’ai aussi dit la vérité, à savoir que nous allions traverser le pays pour aller ensuite vers le sud… grossière erreur, il vaut mieux être un peu bête avec les douanier… Nous avons bien essayé de le faire modifier dans d’autres villes, mais ce type de visa ne peut pas être prolongé. Le hic dans l’histoire, c’est qu’entre l’ouragan que nous avons eu à Playa del Carmen, et le jour de délai à Chetumal, nous sommes donc arrivés à la douane de sortie du Mexique avec 2 jours de retard… C’est un peu inquiets que nous nous sommes présentés à l’agent, qui a dû le sentir et a décidé de profiter de la situation… il nous a d’abord sorti le grand jeu de l’intimidation en nous disant que nous devions aller passer 2 ou 3 jours en prison pour réguler la situation, et que nous allions devoir payer une amende, puis nous a fait sortir de son bureau pour mariner un peu ! Entre temps nous avons un peu parlé avec un Belizéen qui a plusieurs fois dû payer les agents pour pouvoir passer la frontière et qui nous a fortement conseillé de tenter de négocier avec eux en sortant un billet. Même en voulant être intègre, l’expérience de la prison mexicaine me tentait très moyennement, d’autant plus que je ne sais pas du tout ce qui aurait pu nous arriver là-bas, et que les policier mexicains sont aussi réputés pour être très corrompus. C’est donc tout piteux, quoique soulagés, que nous avons sortis de quoi leur graisser la patte, 90$ US tout de même… Bref une belle manipulation, et un type trop habitué à la corruption !
Nous avons donc fait un petit passage à Caye Caulker, petite île de 1300 habitants où nous avons logé dans une petite cabane face à la mer, et nous sommes régalés en louant un petit voilier (laser), pour faire quelques longueurs le long des plages de l’île à bord de notre coquille de noix. Une seule école et une toute petite église où nous avons fêté la Toussaint, (pas beaucoup d’options ici, une seule messe à 7h du matin), et avons rencontré un prêtre qui faisait participer ses paroissiens à son sermon, bien sympa. On a fini le célébration sur un « Oh when the saints », chouette ! Les commerces de l’île sont quasiment tous tenus pas des étrangers, soit des chinois, soit des canadiens ou américains. J’ai l’impression que les Beliziens ont du mal à tenir une activité professionnelle régulière, il semblent vivre au jour le jour, et quand il y a de quoi vivre pour quelques jours, pourquoi travailler ? Partout des affichettes « fermé aujourd’hui » , « ouvert de 5pm à 9pm » dans les commerces tenus par des locaux ! Tout va très lentement, il ne faut pas être pressé. Un homme nous a même demandé de ralentir dans la rue car il trouvait qu’on marchait trop vite !

Cela se confirme aussi dans les terres ! Nous sommes maintenant à Hopkins dans le sud du pays. Nous voulions acheter du pain hier, nous allons donc à la « boulangerie » indiquée par les gens, et nous tombons sur un groupe de femmes papotant dans la cour du local fermé, nous leur demandons si elle ont du pain, et elles nous répondent, « ah, non, aujourd’hui nous n’en avons pas fait car nous sommes allées nous promener, mais demain, probablement à partir de 2 heures de l’après-midi… » ça fait sourire, ça nous surprend, ça nous donne à réfléchir aussi… c’est tellement à l’opposé de nos conceptions ! Michel est donc allé en vélo chercher le pain le lendemain, 3 belles petites miches sentant le feu de bois et préparées avec du lait de coco… miam !

Sur le chemin entre Caye Caulker et Hopkins, nous nous sommes à nouveau fait surprendre par le temps et avons dû faire étape. Il faut dire qu’il fait nuit aux alentours de 17h45, et qu’après il n’est pas très recommandé de se déplacer car il y a beaucoup de vols et d’agressions. Nous devons donc en prendre de la graine, car une centaine de kilomètres se fait en environ 5 heures de bus dans ce pays, et il n’y a qu’un ou deux bus par jour sur chaque trajet long. Alors si nous avons un changement de bus à faire, c’est à 6h30 du matin qu’il faut partir les jours de transhumance.

La nuit tombant, nous avons donc dû nous arrêter un peu avant Dangriga. Dans le bus nous avons rencontré deux jeunes blancs, Lydia et David, tout souriants, est vêtus très à l’ancienne, comme des Amishs. Nous en avions déjà rencontré à plusieurs reprises au Belize, et comme cela retenait vraiment mon attention et ma curiosité, je suis allée leur demander l’hospitalité pour la nuit, afin de pouvoir les rencontrer. Drôle de rencontre, drôles de vies aussi… nous avons donc atterri dans une petite maison remplie d’enfants maya qui ont ensuite filé avec la nuit. Deux prenaient une douche, un se faisait couper les cheveux par le grand frère de David, Elijah, une petite fille jouait à prendre des photos avec un téléphone… Sensation étonnante dans cette petite communauté constituée de deux familles, enfin plutôt de deux fratries, car composée seulement de jeunes entre 14 et 26 ans. Une fratrie composée de David et Elijah, et une autre composée de cinq de douze frères et sœurs de Lydia. Ils sont très croyants, d’emblée nous demandent si nous sommes chrétiens, ils sont issus des Mennonites mais se disent « sans dénomination », car ils se veulent seulement chrétiens. Il trouvent qu’il n’y a pas beaucoup de « vrais » chrétiens dans l’église catholique, et sont préoccupés par notre Salut. Dans leur bibliothèque, uniquement des livres d’études théologique, et dans la pile de CD, que de la musique de louange. Nous avons chanté avec eux, visant plutôt un répertoire chrétien ! Ils sont arrivés ici un peu par hasard, les uns il y a un an, les autres il y a 4 mois, dans une volonté missionnaire, les parents de Lydia ont continué leur chemin vers le Costa Rica, et 5 de leurs enfants sont restés, pas vraiment par choix, un peu autour de deux drames qu’ils ont vécu. Le frère ainé, Peter qui a 26 ans, et deviendra bientôt leur pasteur, est marié et a deux enfants, dont un petite fille qu’ils ont recueilli suite au décès d’une maman célibataire qui leur a confié sa fille avant de mourir. D’un côté ils respirent une certaine joie, sont très souriants, et d’un autre côté nous découvrons des jeunes avec des histoires de vies assez tourmentées… Ils nous accueillent très simplement et chaleureusement, les 2 frères partageant une chambre pour nous laisser l’autre. Lydia et David nous racontent qu’ils ont reçu une vision de Dieu dans laquelle ils sont appelés à faire leur vie ensemble, et apprennent donc à se connaître dans l’optique de se marier. Ces trois petites maisons vivent très pauvrement, ils subsistent grâce à un petit commerce de délicieux pizza rolls et cinnamon rolls faits maison aux aurores, que l’un d’eux va vendre dans les bus. Heureusement leur nourriture a beaucoup de succès, mais ils doivent tirer à peine 30 dollars US de bénéfices par jour pour faire vivre 7 personnes et 2 bébés… Belle rencontre… Drôles de vies….
C.